Rechercher
  • pekinsansstress

Journal de bord - Semaine 18 : "Nice Job!" - Elliott Rannou

Cette semaine, comme vous l'avez suivi sur les réseaux. Richard et moi sommes partis travailler 10 jours dans un éco-lieu au Sud de la Turquie.


On a rencontré du monde à Istanbul. Et certains nous ont inspiré. On s'est motivés à aller à Izmir en stop! On a sécurisé et on a prévu 2 jours pour ce trip de 800 km.


Et ça n'a vraiment pas été simple.


Le réveil sonne et je suis encore embrumé par la soirée de la veille. On doit se dépêcher car notre ferry pour quitter Constantinople part à 9h. Arrivés sur place, après un jogging matinal, on apprend que tous les ferrys de la matinée sont annulés à cause de la météo. Il y avait juste un peu de vent. Marin d'eau douce.


Changement de plan, on se décide à prendre un bus. Direction la gare autoroutière. La place est entourée de compagnies de bus différentes qui essayent de vendre leurs billets au meilleur prix. Et c'est à vous de trouver la meilleure offre.


On s'en sort pas trop mal. On récupère plusieurs minutes de sommeil dans ce bus qui nous emmène à Yalova, loin de Byzance, et près de l'autoroute direction Izmir. Notre carton et nos pouces sont fins prêts.





On s'avance près de la route, confiants. On lève un pouce et c'est le miracle, un minibus s'arrête. On rentre et on s'assoit mais personne ne dit rien, même le chauffeur. Mais où va-t-on ? On essaye de communiquer mais personne ne parle anglais, ni ne souhaite mettre de la volonté dans des explications. Le bus bifurque sur la droite et commence à grimper une colline. On fait des grands signes au conducteur et on sort de ce traquenard.


On revient sur nos pas, vers la route principale mais on est en plein sur une voie rapide. On ne croise que des gros camions surchargés et des voitures sortant tout droit d'un mauvais fast and furious. Le froid s'était fait oublié mais il est bien là. Il est 14h30 et on est encore tout près de notre point de départ.


Au bout de 30 bonnes minutes, une voiture s'arrête. On rencontre alors Kerem dit "le bienveillant". Il parle seulement Turc. Je me débrouille avec ce que je sais de la langue et j'arrive à expliquer maladroitement d'où on vient et ce que l'on fait. Il nous dépose à l'entrée de l'autoroute.





La seconde voiture est celle de Timur dit "le dingo" il a quarante ans et pas toutes ses dents. Il roule à 140km/h, double par la droite et écoute de la tekno à fond. Il est très jovial et on rigole bien.

Mais on ne fait pas plus de 5km en sa compagnie. Et encore pire il nous dépose au milieu de nul part. Quel enfer.


On est donc au beau milieu de l'autoroute, le spot est encore pire que la dernière fois. On pense à rejoindre la ville la plus proche à pied. Heureusement, Calsen le dépanneur passait par là et nous sort de ce bourbier. Il nous dépose dans la station essence la plus proche.


Là, on fait le plein de vivres. J'ai rarement vu des sandwichs triangles aussi peu chers sur une aire d'autoroute (moins d’un euro). Le soleil commence à se coucher. On s'active et on demande aux voitures à l'arrêt si elles peuvent nous aider. S'arrête alors Tuncay aka les décibels. On commence à cerner ce genre de profils. Musique à faire sauter des tympans et mode sport activé.


On se fait déposer sur une nouvelle "benzin istasyonu". À 30km de la ville où on a décidé de s'arrêter, Susurluk. On est à peine à 100 km d'istanbul. La journée touche à sa fin.

On recherche notre ultime voiture pour finir cette journée interminable.


Et là le miracle arrive. Une voiture s'arrête pour faire le plein. Et son conducteur, Uğur "le magnifique", va directement à Izmir. Ville qui est à plus de 200km de route. Quelle aubaine!





Uğur (se prononce "Our") est ingénieur. Il a beaucoup de culture et on parle tout le trajet (plus de 2h). Il conduit aussi très vite mais avec beaucoup plus de souplesse que les autres zouaves.


Il nous dépose à l'hôtel le moins cher de la ville. On le remercie et on se promet de le revoir.


Le lendemain, à cause de la pluie, du manque de temps et aussi (/surtout) de motivation, on décide de prendre un bus direction Ortaca (notre destination finale).


On est censés rencontrer notre hôte dans le bazar de la ville. Le marché se tient sous de grandes bâches tendues pour protéger de la pluie. De temps en temps de grosses flaques tombent du plafond. Quelques commerçants percent au couteau des bâches pour vider les grandes poches d'eau qui se sont formées. Les vendeurs crient leurs prix et essayent de nous vendre leurs légumes au meilleur prix.


On fait alors la rencontre de Kurt. Il est volontaire dans le workaway où l'on se rend. Il est hollandais et il a la cinquantaine. C'est un personnage incroyable. Mais à notre première rencontre, on était vraiment loin de s'en douter. Il fait du repérage dans le marché pour trouver les meilleurs prix. Il aide Ceren, notre hôte, à faire les courses pour la semaine. Ceren est au premier abord assez froide. Elle tire son fils de 2 ans, Civan, dans une petite charrette. Il est très mignon mais ne peut pas lâcher des yeux son téléphone. On trouve ça assez étrange.


On se regarde avec Richard et on se demande où est-ce qu'on est tombés. On met toutes les courses dans le van de Kurt et on se sert à l'arrière entre les pommes, les tonneaux d'eau et les œufs. Notre lieu de résidence pour la prochaine semaine se trouve à quelques kilomètres de là, de l'autre côté d'une rivière, et il n'est accessible qu'en bateau.





On arrive donc à la ferme de nuit. On a l'impression d'être perdus au milieu de nul part. On découvre les autres volontaires déjà sur place : Taya une anglaise qui étudie en Turquie pendant 1 an et la compagne de Kurt, Fanny une péruvienne très sympathique. On rencontre aussi Sebastian le marie de Ceren et la petite Luna âgée de 7 mois. On partage un repas ensemble dans la maison principale. L'ambiance est très chaleureuse et avec Richard on se sent bien mieux.


On ne savait pas où on allait vraiment. C'était un pied dans l'inconnu. On a pas eu le temps de cerner tout le monde ou ni de réaliser l'endroit où on avait mis les pieds mais on se sent un peu plus à notre place. On est rassurés. On dort dans une petite maison à côté qui n'a pas de chauffage. On prend quelques couvertures et on s'endort en cuillère. Pour se réchauffer évidemment.


Après cette nuit glaciale, on découvre enfin le terrain. Il y a 2 maisons, une grande pour la famille où l'on se rassemble pour manger et une autre plus petite et moins aménagée pour les volontaires. Ils possèdent quelques animaux : 1 cheval, 3 chèvres, 4 chiens, 2 chats et une dizaine de poules. ils ont un petit potager et beaucoup de citronniers et d'orangers. Il y a une serre pour faire pousser des graines d'orge et un vieux van destiné à être réparé. Malheureusement, la pluie à tout engloutie, c'est une grande mare pleine de gadoue.





On nous fournit 2 objets indispensables à notre survie pendant le séjour. À savoir: une paire de bottes et une bouillotte. On travaille 27h par semaine. 3 journée entière de 6h et 3 demi journée de 3h avec en prime notre dimanche de libre. Ne vous inquiétez pas les journées sont très tranquilles. Sans stress on a dit. On alterne entre les tâches quotidiennes comme : nourrir les poules avec les déchets organiques de la cuisine, planter des graines d'orges dans la serre et récolter les pousses pour nourrir le bétail, vider les toilettes sèches pour alimenter le compost, aider Ceren en cuisine ou avec les enfants. Et avec des projets de construction comme : construire une porte pour la serre et pour l'enclos ou encore de construire un chemin en pierre et en bois de la maison à la serre. Ce sont des projets plus techniques mais aussi plus intéressants. On n’est pas laissés à l'abandon car Sebastian nous guide tout du long.





Sebastian est très organisé, voire trop peut-être. Tout doit être planifié dans son calendrier. Il est extrêmement pragmatique. La relation entre lui et les autres volontaires est relativement sommaire. Il ne participe pas vraiment au repas et mange souvent dans sa chambre. Il vient du Kosovo et sa mère est Canadienne. Il est parfaitement bilingue anglais et parle très vite. Aussi il travaille dur et a beaucoup de compétences techniques à nous apprendre par exemple : le compostage ou la soudure/découpage/nettoyage de métaux. Il a des idées politiques très tranchées et développées. Il est contre toute forme de pouvoir autoritaire, en désaccord avec le système d'éducation actuel et en particulier l'existence de diplômes. Il a beaucoup de culture et argumente avec véhémence. Ce sont ces idées qui l'ont conduit à créer cet éco-lieu, un endroit qui prône l'horizontalité des droits et un profond respect pour la terre et les bêtes. C'est un personnage qui m'intrigue beaucoup. C'est ce genre de personnage ambivalent qui nous a motivé à faire ce voyage.






Autrement, tout ce qui concerne notre passage dans cet endroit s'est révélé incroyable. Ceren nous prépare d'excellents repas matin, midi et soir. Tous les produits viennent du marché et sont quasiment tous vegans. Ceren participe et entretient la vie du groupe. Elle est turque donc elle nous apporte régulièrement du vocabulaire. Sa patience avec ses enfants et son mari m'impressionne tous les jours. Elle a aussi des valeurs très fortes et elle ne se laisse pas marcher dessus. Elle a seulement 2 ans de plus que moi (donc 24 ans) et possède une maturité qui m'épate. J'ai beaucoup de respect pour elle.




Le Dimanche, on part tous dans le van de Kurt dans des sources chaudes à quelques kilomètres. On a connu plus chaud mais ça nous a fait une douche. Comme l'eau chaude est en panne, on se lave soit dans les sources semi-chaude soit pour ma part dans la rivière Kalbis qui doit être à 4 ou 5 degrés. Sur le retour des sources, on se fait déposer Richard, Taya et moi pour aller visiter les anciennes ruines de l'ancienne Kaunos. Car lors de notre arrivée, on se pensait perdus dans un endroit inconnu de Turquie. Il n'en n'est rien.





On est effectivement entourés de fermes et de paysans turcs mais nous sommes tout proches d'un site très touristique en été. On est à quelques pas de la cité antique de Kaunos qui aurait plus de 3000 ans. On est à l'entrée d'un estuaire car l'antique ville était un célèbre port de commerce. Au Sud, une chaîne de montagne entoure la vallée. De la ferme on peut apercevoir des gigantesques mausolées gravés dans la roche. C'est sublime. Le paysage est digne d'une carte postale.






Lors de nos temps libres, on reste beaucoup avec les autres volontaires. Le courant passe bien. Fanny aime beaucoup partager ses connaissances, elle nous apprend à fabriquer des bijoux et nous fait découvrir la "meditation danse". On se retrouve à danser comme des fous sur de la musique tribale les yeux bandés pour essayer de parler de nos émotions. J'étais sceptique au début mais méfiez-vous c'est mieux que la drogue. Elle a pleins d'énergie, elle est à l'écoute et a sa propre façon d'être très franche. Elle à 45 ans mais en à 20 de moins dans sa tête.





Elle et Kurt voyagent en vanne depuis quelques mois. Mais Kurt, lui, voyage depuis plus de 20 ans! Il a fait plusieurs fois le tour du monde et à vécu seulement 3 hivers pendant ce laps de temps. Il est lunaire et à beaucoup d'humour mais il me fait aussi rire malgré lui. C'est le grand maître de la météo. Il annonce les mauvaises nouvelles avec sourire et les bonnes en ruminant. Vous pouvez aller voir ses compilations de photos sur son compte Youtube ( Kurt van Aert ).





Dans la semaine Reo, un Japonais de notre âge est arrivé. On a passé la plupart de notre temps tous les 4 : Richard, Taya, Reo et moi.

À jouer aux cartes dans la petite maison, écouter de la musique et exposer nos visions du monde. Pour résumer, s'arrêter pendant 2 semaines m'a complètement déconnecté du vélo. Ça nous a permis de découvrir et de s'attacher à des personnes que je veux à tout prix revoir. Et peu importe où et quand.





Avec Richard, on voulait faire plusieurs expériences comme celle-ci durant le mois de février. Mais après y avoir réfléchi, enchaîner les expériences n'est pas très cohérent, et on a préféré demander à rester une semaine de plus car on se sentait vraiment bien ici.


Merci d'avoir suivi ce journal de bord qui n'a aucun rapport avec le vélo. Pour les nouvelles des 2 autres rendez vous la semaine prochaine.









349 vues3 commentaires