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  • Emilien Chevalier

Journal de bord - Semaine 13 : " Pekin sans nous " - Elliott Rannou


Nous revoilà !

Après ces 10 jours de pause à Athènes, on repart de plus belle. Si vous avez suivi nos storys sur Instagram, vous savez déjà que la recherche de bateau s’est soldée par un échec. On a arpenté le port du Pirée à la recherche d’un capitaine compréhensif. Malheureusement, l’accès au port commercial reste interdit sans accréditation. On a appelé les compagnies de cargo qui proposaient ce genre de voyage mais avec la crise sanitaire le transport de passager est suspendu. Tous les retours ont été négatifs. L’Asie du Sud-Est ne nous ouvrira donc pas ses portes sur ce voyage.

Face à cette fatalité, nous ne voulons absolument pas céder à la facilité en prenant l’avion, on a donc changé notre itinéraire.

On va continuer notre périple par voie terrestre en commençant par la Turquie. On va essayer d’aller le plus loin possible tout en restant conscient des risques et de notre capacité à effectuer le trajet retour.

On a donc repris les vélos samedi 18 Décembre au nombre de 3: Emilien et Richard et moi. Senghor étant un lâche parti visiter la Grèce en compagnie de sa copine.

Notre dernière journée à Athènes, n'est définitivement pas celle que je retiendrais. On est intervenus le matin et l'après-midi dans l'institut français de Athènes. On a plié et emballé toutes nos affaires sur nos vélos. On a rangé et rendu notre Airbnb et mangé un souflaki en vitesse par temps pluvieux pour finalement décoller à 15h de la capitale. Le but étant de sortir de la ville pour trouver un bivouac (y'a pas de petites économies).

Sauf que voilà, Athènes, c'est pas tout petit...



On arrive à peine à sortir de la périphérie. Heureusement, on trouve un carré d'herbe entre deux maisons pour planter la tente avant la nuit. Il fait très froid et le dernier repas date de quelques heures. Je me suis donc endormi à 18h sans manger, un nouveau record battu pour la team.

Mais pourquoi partir d'Athènes si c'est pour avoir des conditions pareilles ? En 10 jours de pause, on a eu tout le temps de se reposer et de redécouvrir le confort. Mais mis à part les recherches de bateau et les visites touristiques, on n'avait pas de réelle motivation pour se bouger. En plus avec le changement d'itinéraire le moral n'était pas au top.

Et je citerais Nils (1 des 4 turbo-machines allemandes) " If you have a problem, go biking ". Après le dur rappel à la réalité, c'est le soulagement. Rouler toute la journée, rencontrer des gens dans chaque ville et découvrir des paysages tous les jours. C'est tout bête mais c'est si rafraîchissant. Je m'avance peut-être en parlant pour tous les 3 mais c'est exactement ce dont on avait besoin.

Reprenons.

Le jeûne de la veille avait fait des dégâts. On s'arrête devant un kiosque-café en bord de route et on étale tout ce qu'on a acheté au supermarché devant tous les passants sans aucune gêne. S'en est suivi un petit déjeuner de plus de 1h30.



Tout le chemin pour sortir d'Athènes et de sa zone industrielle est interminable et vraiment pas très intéressant. On finit par retrouver les pinèdes de bord de mer en fin d'après-midi.

On trouve un spot à l'écart et pour réchauffer nos vieux os, Emilien démarre un feu de camp. On passe la soirée à parler et à écouter de la musique. Ça change de la veille et donne une tout autre dimension à notre soirée.



On en profite donc pour ne pas mettre de réveil le lendemain. Jeunes naïfs que nous sommes en pensant qu'on allait se réveiller tôt naturellement. C'est donc vers 11h30 qu'on mit nos premier coups de pédales. Plus on remonte vers le Nord, plus les montagnes prennent de la puissance. On aperçoit la neige sur les sommets les plus éloignés. La végétation est dense malgré la saison et le froid donne un charme au paysage.




Étrangement, les zones que l'on traverse ont l'air très peu touristique. On croise peu de villages et tout semble désert. On est à court de nourriture et le seul magasin du village ouvre à 17h. Pas très pratique. On se sépare en 2 équipes par manque de temps. Emilien et Richard ont repéré une cascade sur Google Maps et vont tenter de trouver un coin pour planter la tente. Je reste en attendant l'ouverture de cette fameuse supérette.

J'en profite pour recharger les batteries et mon téléphone au bar. Je fais alors la rencontre de 3 piliers de comptoir. Pas un ne parle anglais. Débute alors un round final de Times up. Tout est dans le mime. C'est pas simple mais on rigole. Avec mon téléphone je fais passer les messages principaux. D'où je viens, où je vais, etc ... Ils m'offrent quelques frites et une bière. Je les remercie et je les quitte car le devoir m'appelle.

Je rejoins finalement les deux autres zouaves qui n'avaient pas trouvé de cascade car celle-ci, bien qu'indiquée sur la carte, n'existe plus. Elle n'a duré que 2 semaines mais a le droit à plusieurs avis récents et des photos sous tous les angles. Pranked. Heureusement, l'endroit est quand même incroyable. Entre mer, montagnes et plaines. Le ciel est parfaitement dégagé et la lune éclaire comme en plein jour. On prolonge notre soirée autour d'un feu, devenu quasiment nécessaire en ce début d'hiver.




On continue à suivre l’Eurovelo, rien ne nous presse plus et l'opportunité de s'éloigner des voitures est non négligeable. C'est un plaisir et la route devient de plus en plus sauvage. Tellement sauvage qu'on traverse des flaques, puis arrive du gravier et finalement de la boue qui vient engluer nos vélos. On finit par pousser nos vélos dans les montées. Ça ne dure pas. Il n'y a personne, on est éloigné de toute civilisation et c'est assez agréable.

On trouve finalement refuge le soir dans un square abandonné avec quelques jeux pour enfants inutilisables au milieu d'un petit village. Un commerçant nous prête son réchaud, on en profite donc pour mettre les petits plats dans les grands avec notre nouvelle cuisine à deux plaques. On rallume encore un feu mais on ne tarde pas. On se couche tôt pour mettre les gaz le lendemain. Car pour l'instant, on ne dépasse pas les 50km par jour. Il est temps de faire du sport.

On roule toute la journée à une bonne allure. Le centre de la Grèce est magnifique. À midi, on fait une courte pause pour manger et on croise une fête foraine à l'abandon. J'observe que je ne sens plus mes orteils. Le pied.



On est donc impatient d'arriver à notre destination: Thermopyles. Chargé d'histoire, c'est ici que s'est déroulée la bataille qui opposa Léonidas et ses Spartiates à l'armée Perse. Vous aurez reconnu le speech du film "300". En plus d'être cultissime, la ville possède une source d'eau thermale!



À peine arrivé sur les lieux, on découvre 2 autres cyclos Seb et Susie. Un couple de français qui veulent aller jusqu'en Mongolie. On commence à se présenter mais se réchauffer dans l’eau devient trop pressant. La température de l'eau doit être entre 35 et 40 degrés. J’en ai rêvé toute la journée. L’odeur de souffre n’est pas dérangeante. Les thermes ne sont pas très fréquentés, ils sont gratuits et assez propres. Un hôtel abandonné se trouve à côté et est actuellement occupé par des réfugiés. Quelques camions de voyageurs sont présents et plusieurs locaux viennent se baigner. Il y a assez d’eau pour tout le monde.





Après une première baignade bien méritée, on partage un campement et un repas avec nos nouveaux compagnons. Amateurs de bonne cuisine, ils transportent un carnet de recettes, qu'ils font compléter par leurs différentes rencontres. J'adore le concept.

En plein hiver une occasion pareille ne se représentera plus, alors un bain de minuit s’impose. On se fait masser par les cascades et on alterne chaud et froid. C’est la fameuse technique du mi-cuit. On est dans un autre monde.



La nuit fut longue et le matin toutes les affaires ont gelé. Nos compagnons ont pris la route vers le Sud direction Athènes. On décongèle nos affaires au soleil, une petite baignade d'adieu et on repart . Pour nous, c'est direction Lamìa vers le Nord. La ville est à 15 km. On arrive rapidement, on pose toutes nos affaires et nos vélos dans un hôtel du centre. On visite la ville et on s'offre un restaurant qu'on nous conseille. C'est délicieux.

On dort au chaud et on recharge les batteries (dans les 2 sens du termes). On a laissé les vélos à l'hôtel pour 2 jours, histoire d'aller fêter Noël aux Météores !

Dans le train, je fais la connaissance de Giorgio. Un jeune grec fait ses études de physiothérapie à Lamìa. Il rentre chez lui pour les fêtes. On discute de sa vie, sa ville et Il répond à mes questions sur la lecture du grec. Il reste très patient alors qu'il n'a dormi que 2h la veille.

On arrive enfin à midi à destination dans le village de Kalambaka qui se situe juste en dessous des imposants massifs des Météores sur lesquels reposent en équilibre depuis 5 siècles les célèbres monastères orthodoxes. La forme des rochers est si improbable que la légende raconte qu’ils seraient tombés du ciel, d’où le nom.

On fait quelques courses pour notre réveillon avec au menu: sandwich pesto fromage. Jaloux ?

On accompagne ça d'une bouteille d'Ouzo, le pastis local. Et c'est parti! L'ascension n'est pas très longue mais extrêmement impressionnante.

3 photos valent 3 mille mots.





On visite un premier monastère posé sur un piton rocheux. C'est une des plus belles choses que j'ai vu. Un téléphérique sert à approvisionner le monastère en nourriture. Nous, on emprunte les marches taillées dans le bloc pour accéder au sommet. A l'intérieur règne une atmosphère très calme, quelques cierges sont allumés et les tapisseries demeurent presque intactes. On fait quelques plans avec le drone digne d’un film et on profite du soleil dans les jardins.

En chemin vers le monastère suivant, on croise deux vélos qu'on reconnaît. Il s'agît de ceux d'Antoine et Camille, du projet Migratorybikes. On les avait déjà croisé en entrant en Albanie. Improbable. C’est donc ça la magie de Noël. On s'installe tous les 5 sur une butte qui offre une magnifique vue sur l'Est et L'Ouest. On appelle nos familles respectives. Première fois pour moi que je passe les fêtes loin de chez moi et de mes proches. Je pensais être détaché de cette fête symbolique mais ça me touche. On trouve des grosses bûches (de Noël) pour allumer un grand feu, on raconte nos anecdotes de voyages et on mange notre fameux repas multi-vitaminé. La soirée fût joyeuse et réchauffa mon ptit cœur.



Le lendemain, lever de soleil sur un des lieux les plus historiques de Grèce. On se rend au Grand Météore à 20 minutes de marche, Richard arrive à se tromper de monastère en route. Avec Emilien on assiste à une cérémonie mystique dans une pièce remplie de décorations. 5 ou 6 moines chantent solennellement. L'ambiance nous est complètement étrangère mais les moines ont l'air de s'amuser. L'un rigole quand un autre fait une fausse note. On effleure à peine tout le passé de ces temples funambules.



On dit au-revoir à nos amis qu'on reverra sans doute à Thessalonique pour le nouvel an.

On redescend à pied, et on se jette sur le premier restaurant qu'on trouve avant de reprendre le train. Car comme vous l'aurez compris, la dinde aux marrons c’est pas pour cette année…

C’est tout pour cette semaine de reprise du vélo! On vous souhaite tout les 4 de joyeuses fêtes ! A la semaine prochaine.

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