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Journal de bord - Semaines 33-35 : « Une douce odeur de liberté » - Elliot Richard

Neuf heures du matin. Nous sommes le 1er mai. Fête du travail pour certains, surement pas pour nous car comme vous le savez, on ne travaille jamais. En attendant, ce n'est pas un dimanche comme les autres. Un sentiment assez particulier nous habite tous les quatre depuis la décision prise la veille. Aujourd'hui, on quitte l'Iran.

Sans vous mentir, après presque deux mois passés dans ce pays unique et intriguant, on se sent prêts à le quitter. Prêts... ou impatients ? La frontière est fine et je ne saurais dire lequel des deux termes est le plus exact. On s'accorde néanmoins à dire que la culture européenne nous manque et qu'il nous tarde de la retrouver. Pourtant, à quelques heures de passer la frontière, on réalise que ce n'est pas un départ comme les autres. On ne quitte pas un pays comme l'Italie, la Grèce ou la Turquie en sachant qu'il est fort probable qu'on y revienne dans les années à venir. On quitte l'Iran, le pays le plus éloigné, le plus difficile d'accès, et dont on ne peut pas être aussi sûr de revoir les terres un jour. Alors oui, tout n'était pas parfait.

Il est vrai que c'est surement le seul des états qu'on a traversé où les différences culturelles étaient tellement prononcées qu'on en est venu à avoir le mal du pays. Parfois à cause de communications un peu toxiques, parfois à cause de caractères trop différents des nôtres plus simplement. Mais avec le temps et le recul, notre comportement a évolué pour s'adapter à son environnement et ces différences culturelles autrefois gênantes sont devenues amusantes. On se sentait tout simplement plus à l'aise.

Les deux dernières semaines passées étaient de loin les meilleures, et c'est donc avec un pincement au coeur qu'on quitte ce pays qui ne nous a pas laissé indifférent. Alors, avant de tourner définitivement la page de cet épisode je tenais à dire merci.

Merci l'Iran, merci pour ton hospitalité, pour ton peuple authentique et fier, merci pour la curiosité qu'il nous a porté, merci pour les klaxons et les encouragements, merci pour ta culture si différente, pour tes paysages extraordinaires. Merci de nous faire réaliser nos privilèges, de remettre nos problèmes à leurs places et de nous faire voir la difficile et injuste réalité d'être prisonnier de sa propre nation. Mais merci aussi pour les galères, pour le non respect de notre espace intime, pour l'absence de simplicité et de communication, pour toutes les raisons qui font qu'il nous tarde de rentrer chez nous.

Quel est l'interêt de faire ce genre de voyage si c'est pour que tout se déroule parfaitement ? Si l'on voulait ressortir reposé et 100% sans stress, on irait faire du surf au costa rica.

Alors oui, il nous est arrivé de nous faire bousculer, mais c'est tant mieux. On ressort de ce pays avec un nouveau bagage pour notre jeune et émergente vision du monde, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'on en est reconnaissant.


Je me voyais mal commencer ce journal de bord autrement que par mon bilan personnel de l'Iran, c'est chose faite. C'est aussi important pour moi de dresser ce tableau pour mieux faire comprendre notre état d'esprit à notre arrivée en Georgie.

Comment ? J'ai oublié l'Arménie ? C'était fait exprès. En effet, après une durée record de quelques heures passées dans le territoire (en dormant pour la majorité), on retiendra de ce pays que les belles montagnes verdoyantes ainsi qu'une nourriture beaucoup trop salée.

Nous voila donc, à la suite de quarante-huit heures de bus en moins de trois jours, sur le point d'atterrir (ca aurait été plus simple) à Tbilissi.

Aussitôt un pied posé sur le trottoir qu'on ressent un flot d'excitation nous parcourir le corps. On entend de la musique sortir des bars, des jeunes se balader et rigoler, des visages plus familiers que durant les quatre derniers mois. Et on sent dans l'air une véritable odeur de liberté dont on avait surement oublié l'importance lors de ces dernières semaines. La liberté de sortir, de s'amuser, de boire et de danser. La liberté de se fondre dans la masse, de redevenir lambda. Attention, ce n'est pas impossible pour autant que l'effet inverse nous frappe quelques semaines plus tard, et le sentiment de sortir du lot nous manquera alors peut-être, mais actuellement ça nous fait un bien fou !

On retrouve aussi notre espace personnel dans un appartement rien que pour nous, le dernier remontant à Istanbul quatre mois plus tôt. Ça peut vous sembler un détail mais le fait d'avoir son chez soi indépendamment de qui que ce soit influence totalement notre état d'esprit.

Toutes ces bonnes nouvelles sonnent le début de la débandade.

Les jours passent et Tbilissi ne cesse de nous séduire de plus en plus. L'architecture de la ville est diversifiée, entre quartiers piétons et historiques, maisons délabrées comme logements modernes, imposantes statues et monuments. La ville n'est pas si grande mais chaque quartier dans lequel on a pu se balader a son charme. Ajoutez à cela une nature verte et vivante dans la ville (mais surtout autour de la ville) et vous obtenez Tbilissi. Après plusieurs semaines passées dans des univers désertiques où ne subsistent que deux ou trois espèces d'insectes plutôt infâmes, revoir des arbres à perte de vue et entendre des cris d'oiseaux en se baladant prend une totale autre saveur.

On retrouve aussi de la diversité gastronomique, de la cuisine géorgienne comme des restaurants spécialisés d'autres pays qui n'existent pas vraiment en Iran.

Pour finir, et c'est surement le plus important, on retrouve la musique. Entendre de la musique live dans n'importe quelle rue passante, des basses sortir de tous les bars et voitures, entendre une musique familière et qui nous stimule, vous pouvez être sur que ça nous avait manqué. Il faut savoir que Tbilissi est reconnue pour sa scène electro/house/techno, dont nous sommes tous les quatre très friands. Alors comment dire qu'on a abusé des sorties. C'était surement un effet de compensation mais on en avait besoin. On a pu totalement lâcher prise, danser jusqu'au bout de la nuit, rencontrer des gens de notre âge et dans notre état d'esprit. Retrouver aussi parfois un jeu de séduction, cette fois ci sans le risque que l'on se retrouve lynché sur la place publique.

En bref on est heureux, et on ne veut plus partir d'ici. Le séjour de quatre jours se prolonge alors en deux semaines (on reverra l'agenda plus tard), laissant le temps de faire mûrir les rencontres.

On a même pu retrouver nos copains de notre premier workaway en Turquie avec Rannou. Nos anglais préférés Jack and Lou ainsi que ce bon vieux Kurt qui squatte notre appartement pour prendre des douches et laver ses vêtements (on t'embrasse). Senghor nous a présenté Tony et Ricarda, un couple d'allemand avec qui il avait voyagé quelques jours en Cappadoce. Beaucoup de retrouvailles donc !

Malgré qu'il y aurait de quoi le faire, je ne vais pas détailler le contenu de nos folles soirées ici. Mais pour nos lecteurs qui cherchent une ville pour faire la fête, Tbilissi est en haut de nos recommandations.


Comme deux semaines de bringue ca fait beaucoup, on s'est octroyé une pause champêtre dans la nature géorgienne le temps de quelques jours. Emilien et Senghor partent en vélo avec Tony autour de Tbilissi pendant que Rannou et moi prenons un bus car ça va plus vite que le vélo.

On ne regrette pas notre choix quand on apprend toutes les galères (de matériel, de boue etc...) qu'ont rencontrés nos trois compères dans leur road trip de quelques jours bien qu'ils en soient revenus satisfaits.

On part donc direction Koutaïssi avec Rannou, affaires de camping dans le sac à dos et pas vraiment de plans établis. Quelques quatre/cinq heures de routes plus tard, on retrouve un groupe de français Erasmus rencontrés à Tbilissi. Ils nous proposent de les rejoindre le lendemain pour louer une voiture et explorer les environs. Parfait, c'est exactement ce qu'on recherchait.

On vadrouille quelques temps la où le vent (et le moteur) nous porte, entre monastères, forêts et plaines fleurissantes.

On atteint finalement le canyon d'Okatse à la suite d'une magnifique balade dans la forêt. La marche le long de la passerelle du canyon est magique, même si je la déconseillerai pour nos lecteurs ayant le vertige. On reste un bon temps à contempler ce spectacle. S'en suit une nuit dans la forêt environnante, à camper tous les deux en tête à tête. Ca sonne bobo mais retrouver le contact avec la nature (avec de la vie dedans cette fois, les chameaux tous les vingt kilomètres c'est marrant deux minutes) nous provoque un véritable sentiment d'extase. Les bruits d'oiseaux, de cochons, de vaches et de chevaux nous bercent tout au long de la nuit et on roupille bien comme il faut.


Avant de retrouver la capitale, on décide d'aller faire un tour à Tskaltubo, une ville dont la particularité était de posséder des thermes autrefois très touristiques puis complètement désertés à la suite de la chute de l'URSS. On trouve une famille russe qui nous y amène en stop avec qui on échangera le beau bilan de zéro mot de tout le trajet.


Sur place, on fait face à d'immenses hotels 5 étoiles totalement laissés à l'abandon depuis des dizaines d'années. Certaines parties (les mieux conservées) sont aujourd'hui squattées. La ville a un aura particulier et on essaye d'explorer le maximum avec le peu de temps dont on dispose. On passe notre dernière nuit dans l'entrée d'un de ces hôtels abandonnés, histoire de voir si les fantômes existent. Le retour du lendemain se fait sans encombre, on retrouve Sengh et Mimil (attention scoop, c'est leurs surnoms officiels dans le groupe) et on profite de notre dernier week end à Tbilissi.


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Après la fête, place à l'enfer. L'heure est venue de recommencer ce que l'on sait faire de mieux. Passer des frontières et s'embrouiller avec des chauffeurs de bus. Je vous la fait courte, on commence par trente heures de route pour relier Tbilissi à Istanbul où on retrouve le temps d'un diner nos bons copains d'école Alexis, Dijon, Hugo et Guillaume du projet AYM (allez soutenir leur projet sur instagram : projet.aym, ils font de la sensibilisation sur les enjeux environnementaux)

Après ces trente heures, il nous faut une autre dizaine d'heures pour relier Istanbul à Sofia.

Anecdote bonus, ce bus nous oubliera ainsi qu'une dizaine de passagers à la sortie de la frontière à quatre heures du matin. Après des appels à la chaine il reviendra une bonne heure et demie plus tard nous récupérer comme si de rien n'était. Sachant qu'il était parti avec tous nos effets personnels, dont nos vélos. Ahurissant.

Enfin, notre dernière étape et dernières engueulades avec le chauffeur se feront entre Sofia et Budapest, douze heures de trajet après lesquelles on pourra enfin utiliser nos vélos ailleurs que dans la soute.



Ca y est, presque huit mois de voyage et retour en Europe, c'est le début de la fin pour vos cyclistes préférés. Je ne saurais expliquer l'état d'esprit dans lequel je me trouve. Un mélange de "Hein c'est déjà fini ? Les vacances c'est pas toute la vie ?" qui contraste avec une excitation de revoir la famille, les copains et son pays.

Bref, qu'on le veuille ou non, il est l'heure de commencer le retour.

En tout cas jusqu'à aujourd'hui, Pekin Sans Stress c'était un sans faute. Aucun doute qu'on va rester sur cette lancée. Je vous aime les gars.



C'est tout pour cet article, on se retrouve bientôt !


Elliot (Richard)

















































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